Mes illusions donnent sur la cour

Roman de Sacha Sperling, chez Fayard

Ce roman, je l’attendais.

D’abord, je vous explique pourquoi je l’attendais, avant d’en dire ce que j’en pense.

Sacha Sperling, ce n’est plus un secret, c’est le fils de Diane Kurys (Diabolo Menthe) et d’Alexandre Arcady. Sacha a 18 ans, et je le connais un peu indirectement pour avoir souvent entendu parler de lui (Il y a quelques années, je connaissais l’assistante de sa mère).
Quand j’ai su qu’il publiait un premier roman, un livre où son héros n’était autre que Sacha, 14 ans, qui fait l’expérience de la vie, de l’amour, du sexe et de la drogue, j’ai compris qu’il lançait là un pavé dans la mare, que ce serait le moyen qu’il aurait trouvé pour régler ses comptes avec les drôles de parents qu’il a eu, et son enfance atypique.
J’ai eu d’autant plus envie de le lire, le jour où j’ai lu une critique-presse virulente où le journaliste finissait par dire « C’est l’histoire de la jeunesse dorée. On va quand même pas pleurer. » Sans avoir lu le livre, je n’étais déjà pas d’accord avec cette phrase. On peut avoir tout, et manquer de l’essentiel.

Finalement, mon avis:

Je ne crie pas au chef d’oeuvre. Mais…
D’accord, il y a quelques maladresses, quelques longueurs mais ce n’est pas vraiment ce qui m’ennuie le plus. Je suis légèrement déçue par l’auteur qui n’assume pas vraiment son autobiographie. Il en résulte une ambiguïté. Sacha Winter le personnage est l’atler-ego de Sacha Sperling l’auteur, il n’a rien changé si ce n’est les noms des personnages, mais le narrateur se défend de n’écrire que des mensonges. Pourquoi finir le roman en disant que tout n’est que mensonge, si ce n’est pour minimiser l’impact que ce roman peut avoir sur ses célèbres parents? Autant cracher dans la soupe jusqu’au bout…
Pourtant, il n’hésite pas à livrer beaucoup de lui-même, toute cette souffrance, toute cette solitude, ce mal-être profond, ce père absent et cette mère perdue. Il provoque aussi, il balance sans fioriture ses fantasmes profonds, cette expérience sexuelle et amoureuse avec Augustin, un adolescent de 14 ans en quête de fuite comme lui. Il ne se censure pas non plus sur la drogue dont il expérimente avec Augustin toutes les possibilités. La musique en fond sonore est très présente, on a l’impression d’avoir un ipod branché aux oreilles. C’est propre à cette jeune génération et j’adore.
Quant au reste, j’ai beaucoup aimé. Il a parfois un style maladroit, mais c’est un style naissant, un talent brut, qui se confirmera j’espère avec la maturité (n’oublions pas que l’auteur n’a que 18 ans). Et puis, il y a de très belles choses dans ce livre. Une vision particulière du monde, de la mort, de l’amour et de l’espoir.

Je lirais le prochain. C’est sûr.

Quelques extraits qui m’ont touché:

« Plus tard dans la soirée, j’irai seul au bar de l’hôtel. Je voudrais que quelqu’un me rencontre. Je fumerais des cigarettes avec des airs mystérieux. Je voudrais qu’on vienne me chercher. Je veux toujours qu’on vienne me chercher. Dans ma tête, il y a toujours quelqu’un qui vient me sortir de mon isolement. Personne ne viendra. Il n’y a jamais personne dans les bars d’hôtel. »

« Un jour, elle disparaîtra. Est-ce qu’on oublie la voix de sa mère? Son odeur? J’ai l’impression que les morts ne laissent qu’une silhouette dans la tête des vivants. Ma mère ne sera jamais une silhouette. Je n’aurai pas peur de ma mort tant que j’aurai peur de la sienne. »

« C’est le genre de mec qui pourrait tout envoyer balader. Il vit avec lui-même en se servant du monde. Dans mes yeux, il ne voit que ses propres sentiments à l’infini. Rien ne doit entraver sa recherche constante d’évasion. Rien ne doit lui renvoyer ses propres peurs. Tous ceux qui l’entourent doivent être confiants, heureux et beaux. »

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4 réflexions sur “Mes illusions donnent sur la cour

  1. Je note le livre.

    Mais là où j’ai quand même un peu de mal à comprendre, c’est pourquoi en ce moment, beaucoup d’enfants de stars ou de gens connus, se sentent obligés d’écrire des livres pour balancer ? Il y a toujours le prétexte de l’exutoire, le côté salvateur, bla bla bla.

    C’est quoi le but recherché ? Parce que je doute que ce soit simplement pour mettre du baume au coeur.

  2. @Angie: Parfaitement d’accord, c’est lassant les « fils de » qui sortent tous un bouquin, c’est comme les actrices qui veulent toutes sortir un album!
    Mais celui-ci a quelque chose de particulier, je pense qu’il y a un vrai talent, qui manque de maturité peut-être, mais qu’il faudra suivre…

    @Lousianne: Si tu décides de le lire, j’adorerais avoir ton avis! Ces passages sont très beaux je trouve, et j’ai eu du mal à choisir, il y a beaucoup de choses que j’ai trouvé très bien.

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